Entretien avec le Professeur Davo Simplice VODOUHE sur l’Agriculture Biologique et Ecologique

L’agriculture biologique constitue aujourd’hui l’une des tendances les plus promues pour l’atteinte du développement durable. Au Bénin, elle est de plus en plus pratiquée par les producteurs. Le professeur Davo Simplice VODOUHE est de ceux qui prônent l’agriculture biologique et ce, depuis plus d’une quinzaine d’années. Il est le coordonnateur de l’Organisation béninoise pour la promotion de l’agriculture biologique (OBEPAB) qui coordonne actuellement les activités de la plate-forme d’agriculture biologique et écologique du Bénin. Il donne plus d’explication à son attachement pour l’agriculture biologique et écologique.

Qu’est-ce que l’agriculture biologique ?

L’agriculture biologique est une alternative à  l’agriculture conventionnelle. Elle ne fait pas usage des engrais chimiques et des produits chimiques pour la gestion des ravageurs.  C’est une agriculture qui compte beaucoup plus sur la nature, les rotations de culture et l’utilisation des extraits de plantes

Pourquoi cet engagement pour l’agriculture biologique ?

Nous avons constaté vers les années 2000, qu’il y a eu beaucoup de décès suite à l’introduction de l’endosulfan pour le traitement du coton. Et comme  ce produit est un peu plus fort que les autres, les producteurs n’ont pas su prendre toutes les précautions avant de l’utiliser. Cette situation a causé le décès de bon nombre de personnes et c’est ce qui a attiré mon attention. Je me suis demandé mais pourquoi tout ça ? C’est ainsi que progressivement j’ai pris conscience qu’il y a une autre forme d’agriculture qu’on pouvait pratiquer sans utiliser ces pesticides. Nous avons alors constaté qu’il n’y a pas autant de difficultés à produire biologique que l’on le pensait. C’est pour cela que je me suis engagé dans la production biologique ainsi que sa promotion.

Les producteurs béninois sont-ils acquis à la cause de cette agriculture ?

Nous avons beaucoup de producteurs béninois qui sont acquis à  cette cause. Dans la mesure où en réalité pour le cotonnier, les producteurs savent qu’ils ne gagnent pas grande chose.  Parce qu’après la récolte et la vente, ils constatent qu’il ne leur reste pas grande chose. Ils cherchaient une alternative viable. De telle manière que lorsque nous avons parlé de coton biologique, ceux qui ont des superficies pas trop grandes, ont adhéré spontanément à l’agriculture biologique et continuent d’adhérer. Il en est de même pour les maraichers, certains producteurs utilisent des pesticides qui sont destinés au coton sur le maraichage que nous consommons. Vous allez constater que les producteurs qui s’engagent dans l’agriculture biologique préfèrent ne prendre que leurs produits ou des produits provenant de producteurs qu’ils connaissent bien et qui n’utilisent pas des pesticides chimiques de synthèse.

Comment avoir la certification pour l’agriculture biologique ?

Pour le coton , nous invitons un organisme qu’on appelle ECOCERT qui a son siège en Europe et une succursale au Burkina Faso qui envoies quelqu’un pour voir si les principes de l’agriculture biologique sont respectés ou pas. En fait ils servent d’intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Ils viennent pour la certification. Ils passent dans les différents champs et ils font un rapport sur la base duquel on se base pour donner le certificat. S’il y a des écarts, il faut pouvoir corriger les écarts avant d’avoir le certificat.

Il existe aussi une autre certification participative où les producteurs eux-mêmes sont impliqués. C’est beaucoup plus pour la consommation interne et certains consommateurs externes qui ont aussi adopté cette pratique de certification. Cela permet de réduire les coûts de certification parce que ce sont les acteurs eux-mêmes qui mettent en place un noyau qui permet de certifier ces productions là.

Quelle différence existe-il entre l’agriculture écologique et celle biologique ?

L’agriculture biologique a un cahier de charge très stricte et exige qu’il y ait une certification. L’agriculture écologique est un peu plus large et promeut le respect de l’écosystème.

Pourquoi les produits issus de l’agriculture biologique sont plus chers que les produits issus de l’agriculture conventionnelle ?

En général, le développement des produits issus de l’agriculture biologique est plus lent, du fait qu’on n’utilise pas les engrais chimiques ; le rendement est un peu inférieur. Pour compenser les pertes, le prix est un peux plus rehausser pour permettre au producteur de réaliser du profit. En réalité ce n’est pas plus cher car de l’autre côté avec les pesticides, le consommateur utilise une grande partie des sous pour se soigner.

Que faut-il pour que le cout soit réduit ?

Dans d’autres pays cette différence de prix n’est pas remarquée. Il suffit que ce soit vulgarisé et que tout le monde participe à sa promotion   qu’il n’y aurait plus cette différence.

Nous avons appris que vous organisez une formation, parlez nous en.

Nous avons constaté que ce sont des mouvements qui s’intéressent à l’agriculture biologique et à l’agriculture écologique, c’est donc un nombre restreint. Un grand nombre de personnes se demandent ce que s’est que l’agriculture biologique et écologique. Nous avons alors pensé qu’il faut donner ces outils à tout le monde pour faire connaitre l’agriculture biologique et pour que ceux qui veulent s’y engager connaissent ce qu’elle comporte. C’est pour cela que nous avons décidé de faire cette formation qualifiante qui sera différente des formations conventionnelles. Nous allons faire la formation sur plusieurs semaines. L’objectif est d’œuvrer à ce que les autorités permettent d’introduire cette formation dans le curricula normal.

Merci

 

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